Mais où est passé le LCP ?

PRESENTATION CLINIQUE

Bilan de gonalgies gauches chroniques chez un patient de 35 ans, sans antécedénts post-traumatique.

DIAGNOSTIC : 

AGENESIE DE LA PORTION VERTICALE DU LCP AVEC HYPERTROPHIE COMPENSATRICE DU LIGAMENT INTERMENISCO-FEMORAL

FREQUENCE :

L’agénésie des ligaments croisés est une malformation congénitale rare. 

Son incidence est estimée à  0,017 pour 1000 naissances vivantes [1], sur la base de l’incidence des luxations congénitales de genou. 

Cette déformation a été décrite pour la première fois en 1956 par Giorgi [2].

CLASSIFICATION :

Manner et coll. [3] ont classé trois types principaux de dysplasie des ligaments croisés. 

  • Le type I comprend l’hypoplasie ou l’aplasie isolée du ligament croisé antérieur avec une encoche fémorale partiellement fermée et une épine tibiale hypoplasique (56%).
  • Le type II est caractérisé par une aplasie du ligament croisé antérieur et une hypoplasie du ligament croisé postérieur ; avec une échancrure fémorale encore plus fermée et une épine tibiale hypoplasique plus marquée que celles du type I (21%).
  • Le type III présentent une aplasie à la fois du ligament croisé antérieur et du ligament croisé postérieur avec absence totale de l’échancrure intercondylienne fémorale et aplasie des deux épines tibiales. 

Notre dossier ne correspond pas à l’une des formes décrites par Manner et coll. et mérite probablement d’être décrite.

NB : dans la littérature, la plupart des cas décrits ont montré que cette affection est généralement associée à d’autres anomalies du système musculo-squelettique, en particulier du membre inférieur comme :

– l’agénésie des ménisques [ 4 ]; 

– l’agénésie ou dysplasie de la rotule, du tibia et du péroné [ 5 , 6 , 7 , 8 , 9 ];

– anomalie rachicienne.

– défauts focaux du fémur proximal [ 10 , 9 , 11 ]

– syndromes d’organes multiples comme le syndrome du radius sans thrombocytopénie (TAR) [ 12,13 ] et l’arthrogrypose [ 14 ].

– dysplasie de hanche et anomalies rachidiennes [15]…

SEMIOLOGIE RADIOLOGIQUE :

  • Signe sémiologique 1 : discrète hypoplasie de l’épine tibiale intercondylienne latérale et non visualisation de la portion verticale du LCP

NB : l’hypothèse de Giorgi est que les tubercules se forment en raison de la traction des LCA et LCP [ 2 ]. 

  • Signe sémiologique 2 : persistance de la portion horizontale du LCP qui s’insère normalement en éventail sur la portion médiale, haute, de l’échancrure inter-condylienne, au dessus de l’enthèse du ligament inter-ménisco-fémoral vers lequel il converge (cf plan coro.) = première convergence.
  • Signe sémiologique 3 :  ligament féinter-ménisco-fémoral dit de Humphrey hypertrophié (tentative anatomique pour stabiliser le genou ?) 16] , formant une image de “pseudo LCP”, et qui s’insère sur la corne postérieure du ménisque latéral (cf plan coro.)= seconde convergence.

NB : on notera la persistance de l’attache ménisco-tibiale de la corne postérieure du ménisque latéral

  • Signe sémiologique 5 : Très discret méplat (hypoplasie) de la portion médiale du condyle latéral proche de l’échancrure intercondylienne.

EVOLUTION :

Instabilité mieux tolérée que lors d’une rupture post-traumatique

Evolution vers l’arthrose unicompartimentale fémorotibiale. Contrairement à l’arthrose primaire, l’articulation fémoro-patellaire et le compartiment latéral sont moins touchés. La dégénérescence du cartilage chez ces patients survient à un âge plus avancé et avec une évolution plus lente par rapport aux sujets présentant des lésions ligamentaires traumatiques. Certains auteurs rapportent également que l’issue à long terme de l’instabilité du genou due à l’absence congénitale des ligaments croisés est très bonne et de nombreux patients ne développent pas de changements dégénératifs à long terme.

Dans la littérature, il existe une controverse concernant les options thérapeutiques [ 17,18,19 ].

RÉFÉRENCES

  1. Jacobsen et F. Vopalecky, «Luxation congénitale du genou», Acta Orthopaedica Scandinavica, vol. 56, non. 1, pp. 1-7, 1985.
  2. Giorgi, «variations morphologiques de l’éminence intercondylienne du genou» , orthopédie clinique, vol. 8, pp. 209-217, 1956.
  3. Manner HM, Radler C, Ganger R, Grill F. Dysplasie des ligaments croisés: bilan radiographique et classification . J Bone Joint Surg Am 2006; 88 : 130–7. 
  4. Kaelin, PH Hulin et H. Carlioz, «Aplasie congénitale des ligaments croisés. Un rapport de six cas », Journal of Bone and Joint Surgery B, vol. 68, non. 5, pp. 827–828, 1986.
  5. Dejour, P. Neyret, P. Eberhard et G. Walch, «Absence congénitale bilatérale du ligament croisé antérieur et des ménisques internes du genou. A case report », Revue de Chirurgie Orthopédique et Réparatrice de l’Appareil Moteur, vol. 76, non. 5, pp. 329-332, 1990.
  6. KP Benedetto, «Aplasie congénitale du ligament croisé», Unfallchirurg, vol. 90, non. 4, pp. 190–193, 1987.
  7. Mitsuoka, S. Horibe et M. Hamada, «Osteochondritis dissecans du condyle fémoral médial associé à une hypoplasie congénitale du ménisque latéral et du ligament croisé antérieur», Arthroscopy, vol. 14, non. 6, pp. 630–633, 1998.
  8. GR Barrett et JD Tomasin, «absence congénitale bilatérale du ligament croisé antérieur», Orthopédie, vol. 11, non. 3, pp. 431–434, 1988.
  9. Papini Zorli, D. Gallone, S. Guerrasio, J. Berlato et EC Marinoni, «Absence congénitale du ligament croisé antérieur associé à un ménisque discoïde», Journal of Orthopedics and Traumatology, vol. 5, non. 2, pp. 106-109, 2004.
  10. da Gama Malchér, AAM Bruno, B. Grisone, G. Bernardelli et L. Pietrogrande, «absence congénitale isolée de ligament croisé postérieur? Un rapport de cas », La Chirurgia degli Organi di Movimento, vol. 92, non. 2, pp. 105–107, 2008.
  11. Dohle, DA Kumm et M. Braun, «L’encoche du ligament croisé« vide ». Aplasie ou traumatisme après effet? » Unfallchirurg, vol. 103, non. 8, pp. 693–695, 2000.
  12. Dohle, DA Kumm et M. Braun, «L’encoche du ligament croisé« vide ». Aplasie ou traumatisme après effet? » Unfallchirurg, vol. 103, non. 8, pp. 693–695, 2000.
  13. Héron, C. Bonnard, C. Moraine et A. Toutain, «Agénésie des ligaments croisés et des ménisques provoquant une dysplasie sévère du genou dans le syndrome TAR», Journal of Medical Genetics, vol. 38, non. 8, article E27, 2001.
  14. Kwan et K. Ross, «Arthrogrypose et absence congénitale du ligament croisé antérieur: un rapport de cas», Knee, vol. 16, non. 1, pp. 81–82, 2009.
  15. Hu, S. Du, Z. Huang et X. Xia, «Absence congénitale bilatérale de ligaments croisés antérieurs associés à la scoliose et à la dysplasie de la hanche: rapport de cas et revue de la littérature», Chinese Medical Journal, vol. 123, non. 8, pp. 1099-1102, 2010.
  16. Silva A, Sampaio R. Ligament méniscofémoral latéral antérieur avec absence congénitale du LCA . Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2012; 20 : 1622–5. 
  17. Gabos PG, Rassi GE, Pahys J. Knee reconstruction dans les syndromes avec absence congénitale du ligament croisé antérieur . J Pediatr Orthop 2005; 25 : 210–4.
  18. Steckel H, Klinger HM, Baums MH, Schultz W. Reconstruction du ligament croisé dans les genoux avec aplasie congénitale du ligament croisé . Sportverletz Sportschaden 2005; 19 : 130–3. 
  19. Zamarra, MB Fisher, SL-Y. Woo, et G. Cerulli, «Évaluation biomécanique de l’utilisation d’un tendon ischio-jambier pour la reconstruction du LCA: une étude cadavérique humaine» , Chirurgie du genou, Traumatologie sportive, Arthroscopie, vol. 18, non. 1, pp. 11–19, 2009.

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